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L'ACTUALITÉ > Lubrizol : accident révélateur

23/01/2013 -

Manque de maîtrise, manque de transparence, mesures d'alerte et de protection déficientes : un cocktail qui amène à revoir de près les dispositifs relatifs aux risques industriels.

Quand l’air devient.... un cancérogène !

Un gaz sans effets pour la santé ?

Certes, le Mercaptan n'est dangereux qu'à partir de certaines concentrations qui ne semblent pas avoir été atteintes. Haute-Normandie Nature Environnement comprend que les services publics aient le souci de calmer les inquiétudes des populations. Ce gaz n'est cependant pas sans effets et nous pensons que les gens ont le droit d'être informés des risques encourus, afin par exemple de tenter de protéger les personnes les plus sensibles telles que les enfants, personnes âgées et femmes enceintes.


Et si cela avait été plus dangereux ?

La propagation de ce gaz à plus de 100 kilomètres de son point d'origine nous interpelle. Elle doit permettre à chacun de mesurer que l'exposition des populations peut s'étendre bien plus loin que les périmètres habituellement envisagés et faire revoir l'information sur les risques industriels encourus et sur les précautions à prendre.
Que serait-il arrivé si les émanations d'origine industrielles avaient été plus dangereuses pour la santé ? Dans une région comme la nôtre, aux nombreuses installations à risque, principalement chimique ou nucléaire, il est important de mieux mesurer les impacts possibles et leur étendue, et de réajuster en conséquence les dispositifs d'alerte et de protection, avec une meilleure sensibilisation des populations.


 « Information » verrouillée, instances de surveillance et de concertation écartées

Au-delà des interrogations suscitées par l'« incident » Lubrizol, Haute-Normandie Nature Environnement doit souligner l'écart entre les objectifs affichés et dispositions issues de catastrophes (Sévéso, AZF, Fukushima…) et ce que révèle la gestion de cet accident industriel.

Outre le défaut de maîtrise et une gravité qui semble avoir été mal évaluée au départ, nous devons déplorer des choix de communication qui font peu de cas des populations voisines et des instances de surveillance et de concertation des installations à risque.

L'opacité délibérément maintenue, qui relève d'une conception dépassée de la protection civile, conduit à demander des précisions indispensables, notamment : quelles quantités se sont trouvées rejetées ? De quoi exactement étaient formés ces rejets de Mercaptan et de quoi d'autre ? Les riverains les plus impactés ont le droit de savoir à quoi ils ont été soumis ! Comment se fait-il qu'aucune alerte pour les personnes sensibles n'ait été diffusée (Air Normand n'aurait-il pas dû être associé ?) ? Quelles fiches de toxicité des produits incriminés aux concentrations ayant touché des populations ? …
La confirmation de l'intervention de l'INERIS1 rassure, vu sa compétence, mais elle confirme la gravité de la situation.

La célèbre "confiance lucide", base d'une "culture du risque" industriel, demande une transparence mise ici en défaut... Nous demandons dans l'immédiat toute la clarté indispensable et un CLIC2 exceptionnel en urgence ! Nous demandons aussi que soit engagés au plus vite une réévaluation de tels risques et un réajustement des dispositifs d'alerte et de protection.


1 INERIS : L’Institut National de l’EnviRonnement Industriel et des RisqueS a pour mission de contribuer à la prévention des risques que les activités économiques font peser sur la santé, la sécurité des personnes et des biens, et sur l’environnement.  C'est un Établissement Public à caractère Industriel et Commercial placé sous la tutelle du ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie.
2 CLIC : Commission Locale d'Information et de Concertation.

Contact Presse :
Haute-Normandie Nature Environnement, Sylvie BARBIER, Présidente : 02.32.08.41.32.

Haute-Normandie Nature Environnement, Claude BARBAY, Administrateur, risques industriels : 02.35.67.22.12.

Communiqué HNNE du 23 janvier 2013.

 

Communiqué de presse FNE du Jeudi 24 janvier 2013


Fuite de gaz : une communication un peu fumeuse…


La population se réveille avec une forte odeur de gaz. Les yeux picotent, la gorge est irritée, certains ont des nausées ou des maux de tête. Elle apprend alors que cela vient d'une fuite d'une usine chimique à Rouen. La « boule puante » se fait sentir même au sud de l’Angleterre, en fonction des vents. Il parait plus que normal d'être inquiet. Malheureusement, la communication est approximative…

Une communication un peu légère…

Deux réponses arrivent. La Préfecture répète en boucle : « ce n'est pas toxique, ce n'est pas toxique... ». L'entreprise, quant à elle, précise que ce sont des mercaptans qui peuvent donner des maux de tête et des nausées. La ministre de l’Ecologie évoque que « tout est sous contrôle » mais on ne publie pas les mesures de concentration dans l’air en temps réel via le site Air Normand.
« Cette communication calamiteuse vient d’une seule chose. Ni la Préfecture ni l’industriel ne voulaient communiquer avant que la situation soit sous contrôle. Ils l’ont fait en urgence suite aux milliers d’appels avec un seul objectif : rassurer, rassurer, rassurer. » explique Maryse Arditi, responsable du Réseau Risques et Impacts industriels (RRII) de FNE.
Une mise en œuvre correcte et réglementaire du plan particulier d’intervention (PPI) aurait nécessité l’information immédiate des riverains, en particulier les établissements recevant du public et les populations plus vulnérables à ces problèmes de pollution (insuffisance respiratoire des enfants).

Quelques questions sanitaires en suspens

Le mercaptan en question est du methyl mercaptan qui est le plus toxique, en particulier lorsqu’il est inhalé. Il est donc essentiel de connaître les concentrations qui ont été atteintes autour de l’usine, à cinq kilomètres, à dix kilomètres et jusqu’à Paris. Quelles mesures ont été faites depuis le début de l’accident par Air Normand et où trouver les résultats ? Malgré les éléments de discours rassurants, on remarquera l’annulation du match du football probablement lié au fait que la situation n’était toujours pas sous contrôle…

Un « dérèglement de processus chimique hors contrôle »
Il ne s’agit pas d’une « fuite » mais, d’après l’exploitant lui-même, de la perte de contrôle d’un processus industriel impliquant des substances dangereuses, ce qui est infiniment plus grave. Cet accident n’est toujours pas sous contrôle et il faut rappeler que l’usine a déjà connu le 23 aout 1989 un accident du même type avec le rejet de cinq kilos de mercaptan qui, d’après le BARPI1 , ont incommodé de nombreuses personnes du voisinage. D’où un certain nombre de questions :

  • quelles leçons ont été tirées de ce premier accident ?
  • le scenario de perte de contrôle de cette réaction chimique est il prévu dans l’étude de dangers ? Si oui, quels moyens ont été mis en œuvre pour l’éviter et à défaut en limiter les conséquences ?
  • cette usine devenue Seveso seuil haut depuis 2009 a-t elle suffisamment de compétences pour répondre aux exigences de cette réglementation, notamment pour ce qui concerne le Système de Gestion de la Sécurité et la formation du personnel ?

FNE appuie sa fédération régionale Haute-Normandie Nature Environnement (HNNE) qui demande la réunion en urgence du CLIC2 , la publication de l’enquête administrative sur les causes ainsi que la révision de l’étude de dangers pour prendre en compte le retour d’expérience dans les meilleurs délais pour toutes les installations ayant des activités similaires.


1 Bureau d'Analyse des Risques et Pollutions industrielles

2 Comités Locaux d'Information et de Concertation

Télécharger le communiqué FNE